La véritable histoire Des sous-marins

A l’épreuve du feu : la première Guerre mondiale

En septembre 1914, le sous-marin allemand U9 coule trois croiseurs britanniques en quelques minutes.

C'est pendant la Première Guerre mondiale que les sous-marins ont eu pour la première fois un impact significatif. Les U-boote allemands entrent très tôt en action dans ce qui est appelé la première bataille de l'Atlantique. Ils utilisent de nouvelles tactiques propres aux forces sous-marines et une supériorité numérique afin de remporter les combats. Ce sont plus des submersibles que des sous-marins au sens moderne du terme. Ils opèrent principalement en surface avec des moteurs conventionnels et plongent uniquement pour attaquer. Leur coque a en général une coupe triangulaire avec une quille bien dessinée pour limiter le roulis en surface et une étrave marquée.

Les années folles

De nouveaux types de sous-marins apparaissent pendant l'entre-deux-guerres. Parmi les plus notables, on peut citer les sous-marins porte-avions. Ils sont équipés d'un hangar étanche et d'une catapulte à vapeur pour lancer et récupérer de petits hydravions. Le tandem sous-marin + avion sert d'unité de reconnaissance en avant de la flotte, un rôle essentiel avant l'arrivée du radar(Le radar est un système qui utilise les ondes radio pour détecter et déterminer la distance et/ou la vitesse d'objets...). Le premier exemple est le HMS M2 britannique suivi par le Surcouf français, et quelques autres dans la marine impériale japonaise.  On notera que le Surcouf de 1929 est appelé  « croiseur sous-marin ». Il avait une réelle capacité pour engager des navires en combat de surface.

Les sous-marins de la Seconde Guerre mondiale

Allemagne

L'Allemagne a possédé la plus grande flotte sous-marine de la Seconde Guerre mondiale. En effet, comme le traité de Versailles limitait le tonnage de sa marine de surface (la reconstruction de celle-ci n'a commencé en urgence qu’un an avant le début du conflit), cela ôtait tout espoir de pouvoir battre la Royal Navy et surtout la marine française largement supérieure. En conséquence, le haut Commandement allemand stoppa rapidement la construction des navires de surface à l'exception des cuirassés de classe Bismarck et de deux croiseurs, pour allouer le maximum de ressources à la construction des sous-marins qui vu leur tonnage dérogeaient au traité de Versailles. L'expansion des moyens industriels et le début de la production en série prit la majeure partie de l'année 1940. Au final, plus d'un millier de sous-marins seront construits avant la fin de la guerre.

L'Allemagne a utilisé ses sous-marins lors de la seconde bataille de l'Atlantique pour tenter de couper les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l’Angleterre. Celles-ci sont alors vitales pour l'alimentation et l'industrie britannique mais aussi pour l'approvisionnement en armement venu des États-Unis. Si techniquement les U-boote ont été constamment améliorés pendant les années de guerre, l'innovation majeure concernera les communications cryptées avec l’invention de la machine Enigma. Elle permettra les fameuses tactiques d’attaques groupées en « horde de loups » initiées par l’amiral Dönitz. Revers de la médaille, Enigma est également à l'origine de la chute des U-boote. Dans un autre domaine, le transport de fret, les allemands ont développé le concept de sous-marin cargo ou ravitailleur. En fait, il s’agissait de pouvoir importer des matières premières rares mais essentielles à leur industrie de guerre et apporter un support logistique aux U-Boot combattants dans des zones lointaines.

Lors de leurs missions, les U-boote opéraient surtout seul en essayant de trouver les convois dans les zones qui leur étaient assignées par le Haut Commandement. Lorsqu’un convoi ( Un convoi est un ensemble de véhicules terrestres ou maritimes, généralement non attelés, circulant...) était repéré, le sous-marin n'attaquait pas immédiatement mais le suivait pour permettre à d'autres sous-marins présents dans le secteur de le rejoindre. Puis, ils attaquaient ensemble de préférence la nuit et en surface. Lors de la première partie de la guerre, les sous-marins remportèrent ainsi de nombreuses victoires. Dans la seconde moitié, l'Allemagne possède une flotte de sous-marins impressionnante mais la supériorité numérique est contrebalancée par l'accroissement du nombre de convois fortement protégés. L’utilisation en masse d'escorteurs, d'avions et l’apparition d'inventions comme le radar et surtout l’ASDIC compromettra le succès des Loups allemands. Le sous-marin étant très vulnérable en surface, les ingénieurs allemands ont alors étudiés un système de propulsion anaérobie (turbine Walter) qui, ajoutée à la propulsion Diesel et électrique, aurait pu permettre au sous-marin de rester plusieurs jours, voire dans les rêves les plus fou des concepteurs, plusieurs semaines de suite en plongée. Ces études ont été interrompues par la fin de la guerre et reprises notamment par l’URSS.

Winston Churchill a écrit que la menace des U-boote était la seule chose qui le faisait douter de la victoire finale des Alliés.

Japon

Le Japon possède à cette époque la flotte de sous-marins la plus hétéroclite du monde. On y trouve les torpilles humaines Kaiten, les sous-marins de poche de classe Ko-hyoteki ou Kairyu, des sous-marins côtiers, des sous-marins de ravitaillement, des sous-marins océaniques souvent dotés d’un avion, les sous-marins de classe I-200 ( la plus grande vitesse en plongée  (La vitesse est une grandeur physique qui permet d'évaluer l'évolution d'une quantité en fonction du temps.)du conflit) et les I-400, des sous-marins pouvant emporter plusieurs bombardiers (les plus grands sous-marins de la WWII).  Ces sous-marins étaient également dotés de la torpille la plus avancée de l’époque la Type 95 surnommée Long Lance à propulsion à oxygène.

Malgré leurs prouesses techniques, les sous-marins japonais n'ont eu que peu de succès au combat. Ils étaient malheureusement utilisés dans des missions offensives contre des navires de guerre plus manœuvrant et bien mieux défendus que les navires de commerce qui étaient les cibles privilégiés des U-boote. Cependant quelques réussites sont notables. En 1942, les sous-marins japonais coulent deux porte-avions, un croiseur et plusieurs destroyers. Ils en endommagent plusieurs autres ainsi qu’un navire de ligne. Ils n'arriveront pas à soutenir ce rythme suite au renforcement des flottes alliées. À la fin de la guerre, les sous-marins seront utilisés pour le transport de ravitaillement vers les différentes îles occupées.

Les premiers modèles japonais n’étaient pas très manœuvrant en plongée. Ils ne pouvaient pas plonger très profond et ne disposaient pas de radar. A la fin du conflit, plusieurs sous-marins japonais seront envoyés à Hawaii pour inspection dans ce que l’on a appelé l'opération Road's End. Ils seront sabordés en 1946 lorsque l'URSS demandera également à les étudier.

Pendant la WWII, le Japon a coulé environ un million de tonnes de tonnage marchand (184 navires), contre 1,5 million de tonnes pour le Royaume-Uni et ses alliés (493 navires), 4,65 millions de tonnes par les États-Unis (1 079 navires) et 14,3 millions de tonnes pour l'Allemagne (2 840 navires).

États-Unis

Pendant ce  temps, les États-Unis utilisent leurs sous-marins pour attaquer les navires de commerce (ce que l’on a appelé la « guerre de course ») reprenant ainsi à leur compte la doctrine allemande afin de couper le ravitaillement des îles japonaises du Pacifique.

Alors que le Japon dispose des meilleures torpilles de la guerre, les États-Unis ont probablement la plus mauvaise, la Mark 14 à vapeur dont les détonateurs à influence et à contact, ne sont pas fiables. Pendant les vingt premiers mois du conflit, les commandants en chefs des forces sous-marines attribuèrent les ratés des torpilles aux mauvaises tactiques et manœuvres des commandants. Ce n'est qu’à la mi-1943 que des tests sérieux seront enfin réalisés pour vérifier les détonateurs. En septembre 1943, un nouveau modèle de torpille est mis en service, c’est la Mark 18. D’après ses constructeurs elle a fait l’objet de grandes innovations. Elle est supposée ne pas laisser de trace de sillage donc d’être discrète et en plus elle est réputée être extrêmement fiable. Malheureusement la Mk 18 avait pour défaut de parfois décrire des cercles sans prévenir (retour lanceur).  L’USS Tang et l’USS Tullibee seront perdus en 1944 après avoir été touchés par leur propre torpille tirée d’un tube arrière et l’USS Wahoo a été sévèrement endommagé de la même façon.

Pendant la WWII, l'US Navy aura mis en service 314 sous-marins.  Le 7 décembre 1941, 111 bateaux sont opérationnels alors que seulement 38 d’entre eux sont considérés comme « modernes » seuls 23 d’entre eux seront perdus. Plus tard, sur les 203 sous-marins de classe Gato, Balao et Tench mis en service, 29 seront perdus. Au total 3 506 sous-mariniers américains trouveront la mort pendant la guerre.

Les défenses anti-sous-marines japonaises s'avérèrent d'abord peu efficaces. Les grenades sous-marines étant souvent réglées à une profondeur trop faible. Cette information sera maladroitement révélée au grand public par le député Andrew J. May dans une conférence de presse en juin 1943. Bien évidemment cette information arriva rapidement aux oreilles de l’amirauté japonaise. Cette boulette occasionnera un changement radical de la tactique japonaise et coûtera aux États-Unis la perte de dix sous-marins et 800 membres d'équipage.

Vers la fin du conflit, les japonais commenceront à utiliser des détecteurs d'anomalie magnétique et des avions pour couler les sous-marins américains.

On respire mieux avec le schnorchel.

Les sous-marins Diesel ont besoin d'air pour faire tourner leurs moteurs en surface et emportent donc d'énormes batteries pour obtenir la capacité de navigation sous-marine. En plongée, ceci limite leur vitesse et leur rayon d'action. Le schnorchel est initialement une invention hollandaise d'avant guerre. Le concept a été utilisé et développé sur les sous-marins allemands pour utiliser les moteurs Diesel juste sous la surface (immersion périscopique) afin d'éviter la détection visuelle et radar, le but étant de recharger les batteries en toute discrétion et renouveler l’air du bord. La marine allemande a également expérimenté des moteurs au peroxyde d'hydrogène en rencontrant de grandes difficultés techniques. Parallèlement les Alliés ont testé différentes techniques pour détecter un sous-marin navigant au schnorchel dont des senseurs chimiques pour « renifler » l'échappement des sous-marins.

Ils naviguent le plus souvent sous l’eau, du sous-marin moderne au rêve de Jules Vernes.

Dans les années 1950, l'énergie nucléaire arrive comme une alternative à la propulsion Diesel-électrique. Des procédés sont également développés pour extraire l'oxygène de l'eau de mer. Ces deux innovations permettront aux sous-marins de rester immergés pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois et autoriseront des marées jusque là impossibles. La croisière de l’USS Nautilus au pôle Nord sous la calotte glacière de l'Arctique en 1958 a démontré le considérable potentiel de l’utilisation de l’énergie nucléaire à bord d’un sous-marin réalisant ainsi le rêve de Jules Vernes. La plupart des sous-marins militaires construits depuis cette époque aux États-Unis et en Union soviétique sont propulsés par des réacteurs nucléaires. Les facteurs limitant pour la durée en plongée deviendront alors la quantité de vivres et le moral de l'équipage dans l'espace confiné du bord.

Cependant, les puissances nucléaires, hors Etats-Unis, et les autres pays ont continué à produire des sous-marins Diesel-Electrique. Ces sous-marins que l’on appelle désormais  conventionnels avaient jusque dans les années 90 l'avantage d'être plus silencieux en plongée que les nucléaires, sauf lorsqu’ils utilisaient leur moteur Diesel pour recharger leurs batteries. Mais depuis, les avancées technologiques dans l'atténuation des sons et l'isolation phonique ont diminué cet avantage. Même s'ils sont moins rapides et peuvent emporter moins d'armes, les sous-marins conventionnels demeurent redoutables. De plus, comme ils sont moins chers à la construction et grâce à l'arrivée des sous-marins anaérobie le nombre de ces unités a considérablement augmenté tout comme le nombre d’acquéreurs.

Pendant la guerre froide, les États-Unis et l'Union soviétique ont maintenu de grandes flottes de sous-marins, engagés dans des poursuites de type « chat et souris » avec en guest stars la France et le Royaume Unis. Cette tradition perdure aujourd'hui, sur une échelle plus réduite mais avec de nouveaux joueurs tels que les chinois et les quelques quarante autres pays détenteur d’au moins un sous-marin.

L'Union soviétique a perdu au moins quatre sous-marins pendant cette période : le K-129 en 1968, le K-8 en 1970, le K-219 en 1986 et le Komsomolets en 1989 ; d'autres, comme le K-19, ont été gravement endommagés par des fuites radioactives. A la même époque les États-Unis perdirent deux sous-marins nucléaires : l’USS Tresher et l’USS Scorpion. En France ce sont les drames de la Minerve et de l’Eurydice, deux sous-marins du type Daphné qui endeuillèrent la famille des sous-mariniers.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale la France a conçu et mis en service les sous-marins Diesel-Electrique type Narval, Aréthuse, Daphné, le prototype Gymnote, et les Agosta. Les sous-marins à énergie nucléaire SNLE type le Redoutable puis le Triomphant et les SNA type Rubis.

Depuis l’origine, 1 600 sous-mariniers français ont donné leur vie aux forces sous-marines.

 

« Lorsqu'un équipage embarque et que le panneau se referme derrière lui, chaque sous-marinier incarne ce qu'un être humain peut donner de meilleur. » Mr FALCO, lors de l’inauguration du Monument National des Sous-mariniers disparus en mer (Nov 2009).

 

Retraçons l'histoire en quelques lignes.

Il y a très très longtemps, l’idée du submersible pour les opérations de renseignements.

     L’idée d'un bateau permettant de naviguer sous la surface de l’eau  remonte à l'Antiquité. Les premières tentatives de mettre l'idée en pratique ont lieu dès l'époque d'Alexandre le Grand qui, d'après Aristote, aurait développé un équipement primitif pour des missions de reconnaissance vers 322 av. J.-C (il s’agissait de traverser les fleuves sous une barque renversée). Quelques temps plus tard, il perfectionna le principe pour explorer les fonds sous-marins. Il aurait donc inventé la cloche à plonger.  C’était une espèce de tonneau consolidé par des plaques de bronze et renforcé à l’intérieur par des barrots et un banc de bois. Un équipement similaire aurait été développé en Chine vers 200 av. J.-C. Cependant, ces moyens ne peuvent pas être considérés comme étant véritablement des submersibles et encore moins des sous-marins.

Il faut attendre 1578, pour voire apparaître la première personne à proposer un véritable concept de sous-marin. L'Anglais William Bourne en conçut le cahier des charges et un descriptif technique sommaire mais ses idées ne dépassèrent pas le stade de l’étude. A cette époque Henri III est roi de France et Elisabeth 1ère est reine d’Angleterre.

Le premier submersible à être construit le fut en 1620 par le Hollandais Cornelius Drebbel, qui s’appropria et finalisa le concept initial de William Bourne.

 

 

 

 

     Le premier sous-marin conçu pour des missions exclusivement militaires est le Turtle, une machine en forme d'œuf propulsé manuellement par une seule personne et conçue par l'Américain David Bushnell. Il pouvait se déplacer de façon autonome et fut le premier à utiliser des hélices pour sa propulsion. Pendant la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique, le Turtle, barré par le sergent Ezra Lee de l'armée continentale, essaya de couler sans succès le HMS Eagle britannique dans le port de New York le 7 septembre 1776.

                      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le projet fou de l’arme sous-marine.

 

 

 

     En France, au cours de l’année 1800, Robert Fulton construisit à ses frais un sous-marin à propulsion humaine et à voile, c’est le Nautilus. En 1801, pendant ses essais financés par Napoléon, il se montra capable à deux reprises de mettre en œuvre des mines pour détruire des navires de guerre. La France abandonna les essais en 1804 tout comme les Britanniques à qui le projet fut proposé suite au refus des français de continuer l’expérimentation (l’engin allait à l’encontre de l’esprit chevaleresque et de la noblesse du métier des armes !).

 

En 1851, Wilhelm Bauer, caporal de l'artillerie bavaroise, achemine un sous-marin de sa conception en mer à Kiel, le Brandtaucher. Le bateau est construit par August Howaldt et il est propulsé par une roue à tympan. Dès le début des essais, son équipage de trois personnes réussit à évacuer avant qu'il ne coule.

 

Le premier fait d’arme

     Durant la guerre de Sécession américaine, l'Union est la première à utiliser un sous-marin sur le champ de bataille. L’Alligator de conception française est le premier sous-marin de l'US Navy et le premier à permettre une grande autonomie en air respirable pour l’équipage grâce à un ingénieux système d’air comprimé associé à un filtrage performant. A l'origine propulsé par des rames,

il est modifié après six mois de services  pour être propulsé par une hélice actionnée par une manivelle. Les superlatifs ne manquent pas puisqu’il est également plus grand que les sous-marins confédérés avec un équipage de 20 personnes. L’Alligator faisait à l'origine 14,3 m de long et 1,2 m de diamètre. Malheureusement, il est perdu en mer dans une tempête pendant le remorquage (sans équipage à bord) vers son premier lieu de bataille à Charleston près du cap Hatteras le 1er avril 1863.

 

 

 

 

 

 

     Pendant ce temps là, les Confédérés ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont mis en service plusieurs sous-marins à propulsion humaine dont le plus célèbre est le CSS H. L. Hunley. Mais, le premier sous-marin confédéré fut le Pioneer qui mesurait 10 m de long. Pendant ses essais sur le lac Pontchartrain, il réussit à couler une goélette en utilisant une mine remorquée. Cependant, le Pioneer n'a jamais été utilisé au combat.

     Le CSS Hunley a été conçu pour attaquer les navires du Nord qui participaient au blocus des ports du Sud. Le sous-marin disposait d'une longue perche à l'avant terminée par une charge explosive. Il devait approcher le navire ennemi, y attacher l'explosif, reculer et faire détonner la charge. L'opération était non seulement extrêmement dangereuse mais en plus il n'y avait pas d'autre alimentation en air que celle contenue dans le faible espace intérieur. Le sous-marin coula à deux reprises, entraînant la mort de la moitié de l'équipage la première fois et de tout l'équipage, dont Horace Hunley, à la seconde. Enfin, le 18 février 1864, le CSS Hunley coula l’USS Housatonic près du port de Charleston. Il s'agit de la première fois qu'un sous-marin arrivait à couler un autre navire sur un théâtre d’opération et, bien que le CSS Hunley ait coulé peu de temps après avoir signalé sa victoire, celle-ci fera définitivement prendre conscience de l’intérêt militaire du sous-marin.

La propulsion mécanique  (fin du XIXe siècle)

Le premier sous-marin à pouvoir se passer de la propulsion humaine est le Plongeur que la Marine Nationale française a lancé en 1863. Il est équipé d'un moteur à air comprimé avec pas moins de 23 réservoirs sous une pression de 180 b.

Sous-marin Le Plongeur

      En 1870, Jules Verne publie Vingt mille lieues sous les mers et baptise son sous-marin Nautilus en référence à l’engin créé par Fulton. Mais le sien est technologiquement beaucoup plus avancé que tout ce qui existe à cette époque. Ce roman a fortement inspiré de nombreux inventeurs pour construire des sous-marins plus performants.

Le Nautilus de Jules Vernes

     En 1879, le gouvernement péruvien, alors dans la Guerre du Pacifique, commande et fait construire un sous-marin. Bien que pleinement opérationnel, le Toro Submarino n’ira jamais au combat. Il sera sabordé juste avant la défaite du Pérou afin qu'il ne soit pas capturé.

 

Le Toro submarino péruvien

La même année, le révérend George Garrett de Manchester construit le Resurgam, lui aussi propulsé à vapeur.  Le révérend voulu montrer ce sous-marin de 12 m de long aux amiraux de la Royal Navy à Portsmouth mais il coula pendant son remorquage au nord du Pays de Galles.

 

     En 1885 des échanges entre George Garrett et le Suédois Thorsten Nordenfelt conduisirent à la construction d’une série de sous-marins toujours propulsés par la vapeur. Le premier fut le Nordenfelt I, de 19,5 m de long et de 56 tonnes, caréné en forme de fuseau comme le Resurgam. Il avait un rayon d’action de 240 kilomètres et il était armé d'une unique torpille. La Grèce, qui craignait le retour des Ottomans, l'acheta. Nordenfelt construisit alors le Nordenfelt II de 30 m de long avec deux tubes lance-toprilles qu'il vendit à la marine ottomane. En 1887, il finit par concevoir le Nordenfelt IV avec deux moteurs et deux torpilles. Il le vendit à la marine russe mais ce sous-marin se révéla instable à la mer et finira par s'échouer.

 

 

 

 

 

 

Le premier sous-marin à utiliser du combustible est lancé en 1867 par Narcís Monturiol i Estarriol, c’est l’Ictineo II. A ses débuts, en 1864,  il avait été conçu en tant que sous-marin à propulsion humaine armé par 18 hommes. Après modifications, le bateau de 14 m de long fut aménagé pour transporter deux membres d'équipage, plonger à 30 mètres et accomplir des plongées de deux heures. En surface, il fonctionnait au moyen d’une classique machine à vapeur. Mais l'utilisation de ce procédé en plongée consommait trop rapidement l'oxygène vital pour l’équipage. Afin d’augmenter l’autonomie du sous-marin, le Catalan inventa un moteur qui utilisait la réaction du chlorate de potassium, du zinc, du manganèse et du peroxyde pour faire tourner une machine à vapeur auxiliaire pour la propulsion en plongée. L'intérêt de cette méthode résidait dans le fait que la réaction dégageait également de l'oxygène, qui après traitement pouvait être utilisé pour respirer. Malgré des essais fructueux dans le port de Barcelone, Monturiol n'est pas arrivé à convaincre la marine espagnole.

    

 

Le premier sous-marin à être construit en série est un bateau à propulsion humaine. Il s'agit du sous-marin de l'inventeur polonais Stefan Drzewiecki dont cinquante unités seront construites en 1881 pour le gouvernement russe alors en guerre contre la Turquie. En 1884, le même inventeur conçut un sous-marin électrique sans succès mémorable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier sous-marin militaire disposant d’un sérieux potentiel opérationnel est électrique. Il est construit par l'Espagnol Isaac Peral pour le compte de la marine de son pays. Lancé le 8 septembre 1888, il possède deux torpilles, de nouveaux systèmes pour l'air respirable, ainsi qu'une forme de coque, une hélice et des gouvernes préfigurant les sous-marins futurs. Il pouvait aller jusqu’à 10 nœuds en plongée, mais à cette vitesse ses batteries avaient une très courte durée de vie. En juin 1890, il tira la première torpille jamais lancée par un sous-marin. Isaac Peral n’a jamais réussi à convaincre les amiraux, son sous-marin sera refusé par la marine espagnole.

En 1888, les ingénieurs français Henri Dupuy de Lôme et Gustave Zédé, créent le Gymnote, un sous-marin de 30 T, équipé d’un moteur électrique de propulsion alimenté par une batterie. Puis vient le Gustave Zédé, un monstre de  266 t, lancé en 1893. En 1899, les succès du Morse, en France, et du Holland VII, aux États-Unis, font entrer définitivement le sous-marin dans la nomenclature des bâtiments de guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant cette période, de nombreux autres sous-marins sont construits, mais ils ne seront pas véritablement utilisés en tant qu'armes avant le XXe siècle.

 

 

Le sous-marin arrive au début du XXe siècle

Le changement de siècle marque un véritable tournant dans le développement des sous-marins. L'adoption du sous-marin par les plus grandes marines et l’émergence de nombreuses technologies nouvelles rendent possible la concrétisation de bateaux de plus en plus performants. La propulsion Diesel-électrique devient le système prédominant et certaines innovations, comme le périscope, se généralisent. De nombreuses expériences sont faites par les nations afin d'étudier les tactiques et les armes propres aux sous-marins jusqu'au point culminant de la Première Guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1895, l'inventeur irlandais John Philip Holland conçoit des sous-marins qui, pour la première fois, utilise un moteur à combustion interne en surface et des batteries électriques en plongée. Il dépose le brevet en 1902, ce qui fait de lui le père officiel des Diesel-Electrique même si le carburant utilisé à l’époque n’était pas du Diesel. Certains de ses sous-marins sont achetés par les États-Unis, d'autres par le Royaume-Uni, la marine impériale russe et le Japon. Le USS Holland est mis en service par l'US Navy en 1900 et la marine impériale japonaise en achète cinq identiques en 1904.

Mis en service en juin 1900, le sous-marin français Narval introduit le concept de la double coque, avec à l’extérieur une coque légère et à l’intérieur une coque épaisse résistant à la pression. A cette époque, la France est la première marine à disposer d’une véritable force sous-marine. Ces sous-marins de 200 tonnes ont un rayon de plus 500 milles nautiques en surface et 50 milles nautiques en plongée. En 1904 le sous-marin français Aigrette améliore encore le concept du Holland en utilisant en surface un moteur Diesel plutôt qu'un moteur à essence. 76 sous-marins de ce type seront construits avant 1914.

 

ou